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kaléidoscope littéraire #7

mai 2020

 
 

kaléidoscope littéraire #7

mai 2020

Pour garder le contact en cette étrange période de confinement, Clara Le Picard autrice et metteuse en scène de la Compagnie à table - en longue résidence au Théâtre Joliette - vous propose un Kaléidoscope littéraire : des temps d'écriture réguliers à retrouver sur Facebook et sur le site du Théâtre.

« Rendez-vous un jour sur deux pour écrire sur ce que nous sommes en train de vivre, des petites consignes d’écriture faciles pour en une semaine écrire un instantané subjectif de la situation, un polaroid écrit. Je vous donne rendez-vous le lundi, mercredi et vendredi sur l'événement Facebook et sur le site du Théâtre Joliette et ensemble, constituons un témoignage kaléidoscopique de cette situation inédite. » Clara Le Picard

 

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CONSIGNES D'ÉCRITURE

Pour cette dernière semaine de confinement, je vous propose de faire un bilan.

Dix-neuvième rencontre - lundi 04 mai
« Pour commencer, listez ce qui a changé »

Vingtième rencontre - mercredi 06 mai
« Pour continuer, listez ce qui est resté »

Vingt-et-unième rencontre - vendredi 08 mai
« Pour conclure, listez ce que vous en garderez »

 

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QUELQUES TEXTES

 

Tout a changé. Il m'est impossible de lister. Le changement est si profond. 
Rachid G.

 

Ma relation à moi-même: ébranlée
Ma relation aux autres : écornée
Ma relation au monde : fragilisée
Ma relation au corps : affaiblie
Ma relation au temps : compromise
Ma relation à l’écriture : resserrée
Ma relation à la lecture : altérée
Ma relation au sport : bouleversée
Ma relation à la cuisine : déstabilisée
Ma relation à la couture : minée
Ma relation à l’enfance : confortée
Ma relation à l’amitié : consolidée
Ma relation à la joie : raffermie
Ma relation à l’amour : fortifiée
Ma relation à la mort.....................................?
Armande T.


Presque 40 jours de confinement
Ou oui, déjà 40 jours...
Désormais, je porte un masque et des gants chirurgicaux. Je ne les porte pas. Je les impose à mon visage et à mes mains. Je les subis. Mais pas constamment; dans ma maison, je n’en ai plus besoin.
Passer l’aspirateur dans tout l’appartement
Je sors très rarement et mon seul amant est un supermarché. Et sa bouche est le vent.
Ne pas acheter plus d’un rouleau de papier WC sinon il n’y en aura plus pour les autres. Et les masques, il y en aura-t-il encore pour les autres ?
[Un instant, je vérifie l’orthographe de la phrase précédente. Correcte.]
Moins de 1 euro le masque. Ça m’étonnerait qu’il en reste pour les autres.
Ma montre n’est plus en service depuis 2 jours
J’ai envie d’aller aux toilettes au moins six fois par jour. J’y vais.
Prendre rdv chez le médecin pour ma prostate si mon médecin veut bien me recevoir. En temps normal, il ne me reçoit pas alors en ce moment... Changer de généraliste.
Je mange à heures fixes - 12h32 le midi et 19h59 le soir - avec une variation de 10-12 minutes. À la marge. Ou plutôt à la ligne.
Je goûte aussi - je maigris bien : moins 6 kg.
On joue au rami. Je gagne souvent. C’est plaisant de gagner. Et quand je perds, je suis content pour le gagnant. Je suis beau joueur. Bon perdant. Fair play.
Et j’écris pour moi, pour Clara, pour Thomas et pour le cinéma ! Non, je n’écris pas pour le cinéma mais pour le théâtre plutôt sinon ça ne rimerait pas.
Passer ma commande de bijoux.
Je n’ai plus peur de me réveiller la nuit. Je parle seul ou avec mes personnages. Je dialogue. Je les nourris et me nourris aussi.
Je croque un biscuit.
Écouter l’émission de radio sur Lacan.
Je n’en peux plus des infos en continue. Mets-moi du Chopin ou je fais une crise.
Je n’ai pas perdu la notion du temps. Du temps de la pendule et du temps que je perds chaque jour à dormir ou à faire cuire un gâteau. Je fais du pain perdu.
Je rencontre les personnalités publiques et je participe à de faux castings pour me convaincre que mon image est celle d’un acteur. Il est fou. Oui.
Je réfléchis ! Je joue avec les mots. J’essaye.
Un instant, on m’appelle. C’est ma correspondante à l’atelier bijoux. Je peux y aller cet après-midi.
Hier, j’ai eu une allergie. Une de celle qui provoque un mal être et une éruption de psoriasis.
Faire au moins 100 abdos par jour ! Défi pas encore réussi ! Acheter du bon pain pour ma mie. Boire une tisane au pissenlit.
Attendre un colis 6 jours ou 6 nuits
Voilà ce qui a changé dans ma vie...
Julien F.


Vivarium (sans un verre de rhum)

Bilan de mon expérience dans un vivarium privé :
Une cage vitrée, avec un toit et une petite ouverture dissimulée.
Je suis une loutre, une crevette ou un loir, (mon préféré)
J’ai construit un milieu presque naturel :
Du plaid,
Du coussin,
Des peluches,
De la glace,
Du beurre de cacahuètes,
Du jeu de lettres,
En somme, l’essentiel !

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Vivarium décorum :
Lumière impeccable, températures variables et ventilation agréable. Le tout étant interchangeable !
Je m’aperçois que la syllabe « able » est présente à chaque recoin de mon vivarium ; sa présence est appréciable. Que serait mon vivarium sans cette syllabe ?
Je reformule « Vivarium decorum : Lumière impecc…, températures vari…. Et ventilation agré…. Le tout étant interchange…. ».
Un peu moins fun du coup. :-/
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Je continue mon observation.
J’ai aussi 3 fenêtres ouvertes sur d’autres vivaria, qui prennent vie de manière aléatoire ou plus spécialement à 20 heures (trompettes, musique, etc.). C’est rigolo, je remarque que certaines bestioles sont à la fenêtre avant même l’heure prévue, comme si elles attendaient leur vivat symbolique.
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J’observe que mes relations à l’extérieur étaient spontanées, culturelles et sociales,
Elles ont été abattues d’un coup,
Opération qui a nécessité, pour plus d’élégance,
L’utilisation d’une tronçonneuse,
Pensez-vous qu’elles ont été coupées en différentes étapes ?
Pensez-vous qu’un équipement adéquat a été nécessaire pour travailler en toute humanité sylvicole ?
Sans surprise, la réponse est non.
Coupe précipitée, irréfléchie, du jour au lendemain,
En pleine vitesse avec une chaîne même pas affûtée, et en attaquant avec le guide ; histoire de bien faire sentir qui est l’élagueur à bord,
Du coup, chute de mes flâneries entre les branches de mon quartier,
Remplacement par des connexions virtuelles et distanciées.
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Bilan dans mon vivarium :
Sentiment d’indignation accompagné de bonbons,
Besoin accru d’équité, d’intégrité et de sincérité, avec mon thé à la menthe poivrée,
Besoin de justice et de droiture quand je tombe sur certaines pourritures,
Besoin de liberté sans être observé. :-)
Jérémy Y.


Moi, non plus. Moi, non, plus.
Tout oublier, tout jeter, tout balayer... vite !
Sauf, peut-être............ah ! oui ! sans doute.
Pourquoi pas ? Pourquoi pas ?
Armande T.


Surtout, plus envie d’en parler aujourd’hui...
Julien F.


Ce qui est resté, des bribes de promenades de ma vie :
Un déjeuner salade chouette avec une amie,
Un repas pâtes aux fleurs de brocolis, avec une amie,
Des croque-monsieur + crêpes à la confiture aux 4 fruits des bois (et pas 1 de plus), avec un ami,
1er jour du Ramadan, autour d’une soupe aux lentilles, avec de futurs amis,
Des jours challenges poèmes "pipi et caca boudin" hilarants, avec l’enfant d’une amie,
Des moments roudoux, doux et roux, et roux et doux, avec ou sans mes amis,
Des discussions interminables, sur le tout, le rien, le sexe, les joies, la maladie, le bal costumé ambiant, la peur de la perte de la liberté, l’absurdité, etc. sur tchat ou avec mes amis,
De la musique, rien que de la musique, tout pour la musique et je balance ma tête, mes hanches, mes bras, et puis le reste du corps sur ma musique, de la pop, de la bulle musicale qui éclate, qui pique comme les sucettes Fresquito, sans mes amis,
De l’apéro de la solitude à la peur de la mort, qui est plutôt curieuse de savoir ce qu’il y a quand même derrière tout ça,
Jérémy Y.


J’allais alphabétisant : amertume, colère, déception, ennui, frustration, mélancolie, nostalgie, regrets, tristesse, vulnérabilité...
notant qu’il y manquait : bonheur, gaieté, joie et plaisirs, quand tout s’est effacé ! Alors, comme Sisyphe, j’ai recommencé...
Armande T.


Une fois, mon oreille droite a entendu au coin d'une table de bistrot que “la générosité, [était] le sacrifice de soi ; il en [était] l'essence.”
Elle en a pris note car l'oreille gauche lui reproche souvent son égocentrisme auriculaire.
Aussi, suite au régime confiné*, mon oreille droite a décidé de garder les 2 kilos en plus pour vous les offrir à votre non-anniversaire, en toute générosité.
Donc, "Joyeux non-anniversaire" à vous, à nous et à tous.tes !
*traduction = crèmes glacées, bonbons acidulés, pancakes chocolatés, brioches à la cannelle sucrées, etc.
Jérémy Y.