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Kaléidoscope littéraire #5

avril 2020

 
 

Kaléidoscope littéraire #5

avril 2020

Pour garder le contact en cette étrange période de confinement, Clara Le Picard autrice et metteuse en scène de la Compagnie à table - en longue résidence au Théâtre Joliette - vous propose un Kaléidoscope littéraire : des temps d'écriture réguliers à retrouver sur Facebook et sur le site du Théâtre. 

« Rendez-vous un jour sur deux pour écrire sur ce que nous sommes en train de vivre, des petites consignes d’écriture faciles pour en une semaine écrire un instantané subjectif de la situation, un polaroid écrit. Je vous donne rendez-vous le lundi, mercredi et vendredi sur l'événement Facebook et sur le site du Théâtre Joliette et ensemble, constituons un témoignage kaléidoscopique de cette situation inédite. » Clara Le Picard

 

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CONSIGNES D'ÉCRITURE

Treizième rencontre - lundi 20 avril
« Et après ? Vous. »

Quatorzième rencontre - mercredi 22 avril 
« Et après ? Les autres. »

Quinzième rencontre - vendredi 24 avril 
« Ah oui ? vraiment ?! » 

 

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QUELQUES TEXTES

 

Et après ? oui je suis toujours après, oui. J'essaie de faire présence au présent, j'essaie. Au présent j'ai des idées, des désirs, je ris toute seule tant mes idées me semblent formidables, je (me) parle beaucoup... j'agis; un peu. Oui. Alors que je sais que l'après ne sera présent, cadeau, trésor, si et seulement si je vis totalement le présent dans ce qu'il me présente. Alors pour moi c'est tant mieux que "ce présent dure" pour m'assouplir, réussir à jouir librement, changer mes habitudes (transformer les trous les usures en broderies divines, faire surgir la beauté du foyer en le dorlotant (je me souviens d'une Marie-Josée vibrante, rencontrée dans le Paris-Limoges de 7h07 : « Françoise Hardy me disait "tout ça que vous trouvez si beau chez moi n'est vivant que parceque vous faites le ménage", et elle avait raison lorsque la poussière nous recouvre nous sommes morts, non ? »))... ... ... alors je m'apprête, j'essaie.
Véronique B.


Et après ? Douze heures après, je ne le sais toujours pas ! Ou alors, un après qui soit mieux qu’avant.
Ou encore un apprêt qui soit un présent. Et pourquoi attendre après de vivre maintenant ?
Armande T.


Et après, ben, après, il y a l’inconnu.
Il est grand, il est dodu, il est barbu et il est rassurant.

Il dit des mots doux malgré sa barbe piquante,
Il attend que la vie le pique, un peu de flânerie,
Dans les rues, flâner jusqu’à la fin de la soirée,
Voire de la nuit non-étoilée,
Car les étoiles se sont sauvées pendant le confinement,
Les étoiles, elles avaient pas envie de finir cloitrées 

Voilà que le barbu me dit qu’il veut me montrer quelque chose,
Un truc qui met du piquant dans la vie, paraît-il
Il fait noir nuit, il a dans ses grosses mains, un petit mouchoir.
C’est pour toi, qu’il me dit
Un tissu,
Je l’ouvre,
Une étoile.
Jérémy Y.


Il sera sans doute un tout autre écrivain...
Il aura multiplié les ateliers d’écriture.
Il aura travaillé sur un projet d’envergure.
Il aura douté, beaucoup douté.
Il se sera découragé, déconcentré, épuisé...
Il aura hésité.
Il aura pris la décision de tout arrêter.
Il aura évité de sombrer dans la folie.
Il aura même pleuré.

Puis,...

Il se sera repris.
Il aura repris ses esprits.
Il aura repris les écrits, ses écrits, ses récits.
Il aura repris son stylet, son tapuscrit.
Il aura pris un plaisir fou.
Il aura ressenti de la joie.
Il aura senti son cœur s’emballer.
Il aura ressenti de la fierté.
Il aura investi tout son temps.
Il aura fini par écrire.
Il sera devenu écrivain... 

... peut-être.
Julien F


Et après ? Les autres ? Et bien, les autres, ils me serreront dans leurs bras affectueux, ils me souriront, m’assureront que je leur ai beaucoup manqué. Ils me remercieront de ne pas les avoir négligés, qu’on allait faire une fête à tout casser et que tout serait désormais différent, qu’on allait... qu’on allait... Oui ! Mais où ? Quand ? Ah ! Ça ! C’est difficile à dire... Demain, bientôt, peut-être, prochainement, faut voir, y a qu’à...

Et puis, le flot des jours emportera les mots comme une vague qui nettoie la grève du varech de l’hiver tant il sera urgent d’oublier les mauvais jours, de s’adonner à l’été retrouvé, au plaisir sans contraintes et sans limites.

Utopie, utopie, quand tu nous tiens...
Armande T.

 

Fable 2.0

Entre nous, tu crois vraiment que la cigale avait chanté tout l’été ?

Oui, mais aujourd’hui, plus question de bise, ni de se serrer la main d’ailleurs. Nos ami-e-s et nos familles sont juste dans nos cœurs. Notre lien est virtuel puisqu’on ne laisse plus un seul petit morceau de peau dehors... sauf les yeux et les oreilles. Les uns contemplent les écrans, les autres écoutent les voix. Nous attendons la saison nouvelle pour se prêter main forte. Ce temps mort a peut-être effacé nos défauts. Après, il fera beau et chaud, nuit et jour et la cigale chantera de nouveau cet été...

Nous, nous l’écouterons... en dansant.
Julien F.


Ah oui ? Vraiment ?
-Tu es sûr...on peut sortir...vivre comme avant ?
- non, bien sûr...un peu de sagesse, que diable ! Tu dois mettre ton masque, ne pas câliner tes amis, ne pas les toucher...
- ah alors c'est beaucoup moins intéressant... j'aime faire des câlins, moi !
- on peut les voir et partager un moment ensemble
sans écran...
patience ma fille, patience....
Juin 2022...
Monello V.


Ooooh ! Bien sûr ! Il y a toujours un autre qui vient réveiller cet autre en moi que je fuis. "Tu as de la peine pour nos parents qui étaient enfants pendant 39-45 et qui là sont égarés, effarés à cause de ce qui là les touche en première ligne ?"; "Oui, ça menace leurs croyances, et qu'ici nous pouvons être tranquilles, oublier ceux qui sont nés de telle façon que la mort, pour eux ou les leurs, n'est pas muselée. Ils doivent être terrifiés en long en large et en travers... t'imagines ?" ; "Moi je me demande plutôt comment quand on a 18 ans, si on peut s'imaginer avoir un métier, des enfants... " ; "..." Oups, ça me la boucle ! Un autre point de vue, une autre vie, qui éclaire ce qui simplement me fait peur. Ma vie brutalement mesure la responsabilité de mes petits actes quotidiens passés présents et futurs. Un autre qui me fait vaciller, perdre pied, oublier Françoise Sagan quand elle écrit je ne sais plus où que si elle a tout perdu, si sa vie a provoqué ça, alors, de sa vie l'inverse peut surgir, et elle se concentre de tout son être pour croire à ça. Et la situation se retourne, elle a récupéré tout ce qu'elle avait perdu, et là elle puise la force de ne plus jouer avec sa vie, la vie, et pas que la sienne finalement, elle est à zéro, mais ça lui va, le niveau de l'eau c'est le niveau zéro et cependant celui qui va lui permettre de permettre à son petit garçon, son fils, d'avoir encore le choix de continuer à vivre avec elle, s'il en a envie. Finalement le niveau de l'eau, de la mer, zéro : c'est leurs libertés à tous les deux. Elle puise en elle, surmonte ses jambes qui tremblent encore de la peur qu'elle a eu, maîtrise son souffle, résiste à sa dépendance ... Elle se lève digne l'air de rien, sort de la salle de jeu, et "plus British que British" (ça elle l'écrit c'est sûr) Oui c'est ça : si mon coeur a envie de permettre à moi et à l'autre d'avoir le choix de sa vie, prenant en considération l'autre, oui j'avais oublié de considérer l'autre, jusque-là... qu'ai-je fait ? A quoi m'a servi de lire Se questo è un uomo ?
Véronique B.


- Ah oui ? Vraiment ?!
- Ben ouais, je n’avais pas une thune pour manger !
- Ah ! Zest ! Le point positif c’est que tu es mince à présent, comme une patte d’un rouge-gorge !
- Ouf, moi qui pensais avoir pris des kilos de stress !
- Hue ! hop ! Tu aurais dû me claironner !
- Hélas ! Ah ! Aie ! Oh ! Hi ! Heuheu ! Je n’avais plus de moyen de communication !
- Oh ! Ah ! Eh ! Ah bon ?! Eh bien ! Pourtant j’habite à deux pattes de chez toi.
- Ah ! Aïe ! Ouf ! Ahi ! Hihi ! Hé ! Hélas ! Je m’étais enfermé à triple tour chez moi. Dam ! Diable ! Queue de diable ! A cause d’une hallucination qui promenait par-là, j’ai pris la seule clef qui me restait, pour un délicieux bretzel ! Et je l’ai mangée !
- Eh ! Eh bien ! Hein ? Et tes fenêtres ?
- Hélas ! Mes fenêtres ont des barreaux. Et je peux te dire que ces barreaux ne voulaient pas me laisser sortir !
- Hi ! Et qu’as-tu fait, triple buse ?
- Palsambleu ! J’ai pris une lime et j’ai affronté ces barreaux. Et Malepeste ! Je viens de finir aujourd’hui.
- Ouf ! Tu viens manger un morceau à la maison ?
- Non, je suis trop fatigué, je vais direct chez moi, pour faire une sieste.

Les deux se séparent donc. L’un vers chez lui et l’autre vers chez lui. Les deux se retrouvent donc bizarrement au même endroit. 

- Ohlala ! Ciel ! Que fais-tu donc ici ?!
- Ben, je retourne chez moi.
- Ah oui, vraiment ? Moi, aussi, je retourne chez moi !
- Ça ! Oh ça ! Tu viens manger un morceau à la maison ?
- Si, juste après la sieste, alors !

Les deux entrent ensemble, chez eux. 
Jérémy Y.


Ah oui ? Vraiment ?
Qu’est-ce qui est vrai, depuis vendredi ?
Avéré, conforme, authentique, approprié, indéniable ? Le covid 19 ? Quod ?
Que nous sommes vivants ? Perhaps...
Je veux le croire et en profiter ici et maintenant même si c’est un songe...
Calderon de la Barca.
Armande T. 


Et après moi ? Le déluge.
Et après lui ? Il y en aura d'autres.

Lorsque les travaux de destruction ont commencé dans l'appartement mitoyen,
il n'en a pas cru ses oreilles.
La violence des coups de massue déchirant le mur lui avait fait oublié ce que la société subissait.
Pour la première fois dans sa vie, il vivait confiné.
Pour la première fois de sa vie, c'est ce bruit qu'il aurait voulu confiner.
Étonné.
Ah oui ? Vraiment ?

Lorsque les travaux de destruction ont continué dans l'appartement mitoyen,
il n'y avait plus lieu de mettre des boule quies dans ses oreilles.
L'entreprise embauchée avait sortie l'artillerie lourde : le marteau-piqueur.
Encore une fois, il vivait confiné.
Pour la deuxième fois de sa vie, c'est ce bruit qu'il aurait voulu confiner.
Scandalisé.
Ah oui ? Vraiment ?

Lorsqu'il a cru les travaux de destruction terminé dans l'appartement mitoyen,
il a télé-consulté son Dr. ORL pour ses oreilles.
Laisse-moi jouir, je t'invoque de tout mon âme.
Encore une fois, il vivait confiné.
Pour la troisième fois de sa vie, c'est ce bruit qu'il aurait voulu confiner.
Troublé.
Ah oui ? Vraiment ?

Lorsque les travaux de destruction finiront dans l'appartement mitoyen,
il n'y aura plus lieu d'avoir mal aux oreilles. Déconfinement.
La plateforme amènera de nouveaux voisins chaque semaine
il les regardera marcher ensemble, et l'autre appréciera cette mélodie des langues.
Tout changer pour que rien ne change.
Ah oui ? Vraiment ?
Oui. Vraiment.
Rachid G.


 


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Si vous souhaitez participer à ce Kaléidoscope littéraire, rendez-vous tous les lundis, mercredis et vendredis à 10h 

sur l'événement Facebook : https://urlz.fr/cbwv
Si vous n'êtes pas sur Facebook, nous plublierons les consignes sur la page d'accueil du site et vous pourrez nous envoyer vos textes à l'adresse com@theatrejoliette.fr