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Kaléidoscope littéraire #2

avril 2020

 
 

Kaléidoscope littéraire #2

avril 2020

Pour garder le contact en cette étrange période de confinement, Clara Le Picard autrice et metteuse en scène de la Compagnie à table - en longue résidence au Théâtre Joliette - vous propose un Kaléidoscope littéraire : des temps d'écriture réguliers à retrouver sur Facebook et sur le site du Théâtre. 

« Rendez-vous un jour sur deux pour écrire sur ce que nous sommes en train de vivre, des petites consignes d’écriture faciles pour en une semaine écrire un instantané subjectif de la situation, un polaroid écrit. Je vous donne rendez-vous le lundi, mercredi et vendredi sur l'événement Facebook et sur le site du Théâtre Joliette et ensemble, constituons un témoignage kaléidoscopique de cette situation inédite. » Clara Le Picard

 

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CONSIGNES D'ÉCRITURE

Quatrième rencontre - lundi 30 mars
« Pour commencer cette deuxième semaine d'écriture ensemble, je vous propose de raconter une action nouvelle, née du confinement, qui est devenue quotidienne. Partagez votre texte dans les commentaires. Si besoin, relisez la liste des mots dans la publication de la deuxième rencontre. Bonne écriture et nous nous retrouvons mercredi 1er avril à 10h. »

Cinquième rencontre - mercredi 1er avril
« Racontez un souvenir de votre vie d’avant apparenté à ce que vous vivez aujourd’hui. Et postez-le en commentaire de cette publication. »

Sixième rencontre - vendredi 3 avril
« Alternez une phrase de votre texte de lundi (la nouvelle habitude) et une phrase de votre texte de mercredi (la réactivation d'un souvenir). Et postez ce nouveau texte en commentaire de cette publication. Je vous souhaite une bonne fin de semaine et on se retrouve lundi à 10h. »

 

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QUELQUES TEXTES

Maintenant, je me lève.

Beurre de cacahuètes,
Confiture d'abricots,
Pain de mie.

Et, je me bouscule lentement et sûrement pour
Verre de lait...

Pain de mie,
Beurre de cacahuètes,
Confiture d'abricots,
Pain de mie.
Sortir du lit (Un peu comme avancer…
Café

Pain de mie,
Beurre de cacahuètes,
Confiture d'abricots,
Pain de mie.
Dans un buffet pour attraper un friand).

Café

Pain de mie,
Beurre de cacahuètes,
Confiture d'abricots,
Pain de mie.
Maintenant, je pense petit-déjeuner avant de travailler.
Café
Café. Café. Café.
Pain de mie,
Beurre de cacahuètes,
Sucré. Sucré. Sucré.
Confiture d'abricots,
Pain de mie.
Un bonjour Sms personnalisé à mes collegues.
Etcetera.

Tisanes,

Jérémy Y.


Ne rien faire
Je ne suis plus surprise en plein sommeil
Voilà ce que le confinement
Par cet entêté et rigoureux réveil
M'aura offert
Je laisse mon corps en décider
C'était un antique projet oublié
Je ne tends plus la main tâtonnante
Devenu réalité
Pour éteindre la sonnerie hurlante
Grâce à cette obligeante immobilité
Je finis d'abord de rêver
Quand je reste les yeux ouverts
Je ne réfléchis plus à ma tenue vestimentaire
Je regarde l'eau à mes pieds
Qui ne doit pas être la même qu'hier
Pendant de longues demi-heures
Je me permets des arrangements délétères
Je regarde sa robe onduler
Je ne pars plus de chez moi pressée
Frissonner
Déjà en retard avant de commencer
S'iriser
Rien de prévu : point de rendez-vous manqué
Se lisser
A mes collègues, je ne dis plus bonjour
Au gré des courants aériens
Sondant les états du jour
Gilles B. 

 

Tous les jours, je vais voir la mer depuis la terrasse de Notre Dame de la Major. Quand j'étais enfant, je voulais être fleuriste. En fonction de la couleur du ciel, elle est plus ou moins bleue. A cause de l'immense variété des formes et des couleurs. J'observe le ballet des joggers autour du Mucem. J'aimais par-dessus tout le samedi, quand nous faisions, avec ma mère, la tournée des petits commerçants de notre rue : pâtissière, boucher, épicier et… fleuriste. Puis je descends dans les plates-bandes cueillir des fleurs : lilas d'Espagne, salsifis, coronille, arbre de Judée, asphodèles… Dans l'entrée il y avait une fontaine. Je flâne. J'étais toujours étonnée de voir l'eau couler en intérieur. Je rentre et j'installe mon bouquet dans un vase. Ma mère aimait les gerberas et les freesias. Je pose le vase sur la longue table du salon ou sur mon bureau. Je lorgnais les roses qu'elle négligeait systématiquement. J'observe la composition du jour : plus de jaune, de blanc ou de rose. Je serais restée là des heures. C'est une forme de méditation. La seule chose qui me chagrinait, c'étaient les mains de la fleuriste, pleines de petites entailles. 
Stéphanie M.

 

Elle entrouve la porte doucement comme de peur de briser le silence dans la chambre.
-“je te dérange”
-“non”
-“Si on allait faire un tour” 
C’est cette petite phrase sortie de nulle part qui sonne la fin du cours.
C'est enfin la récrée.
Elle me délivre du travail en ce début d'après midi.
Il est temps de faire une pause. 
Il est l’heure de sortir. 
Je referme le livre où j’étais plongé.
Je quitte la chaise.
Statufié par les images et les mots une bonne partie du jour, je suis comme ivre. Je me lève et quitte la page comme on s’arrache d’un long sommeil. Machinalement je jette un regard vers la fenêtre entrouverte. 
Le soleil est là.
Parenthèse enchantée, elle m’invite :
-“si on allait faire un tour”
L’enfance, un jeu de marelle dans la cour, ces mots résonnent en comme la promesse d’un long voyage.
Impatiente, elle insiste même, et du fond du couloir, elle me fait signe avec sa main : -“tu viens” 
Une joie immense me donne les ailes d'un ange.
Le corps encore engourdi dans les plis d’un nouveau roman je lui souris et lui répond :
-“oui, j’arrive”
J’étire mes bras vers le ciel comme pour la remercier d’être là.
J’enfile ma veste et la rejoins sans tarder. 
De l’autre côté de la porte d’entrée, elle est là, elle m’attend.
Geste barrière oblige j’enfile mes gants et attrape le thermos. 
Maladroitement, je tire la porte derrière moi avec le pied. 
Je m’apprête à fermer à clef et arrête la course de ma main sur le chemin :
-“on laisse ouvert, non ?”
Elle me fait un signe discret de la tête que “oui”.
Oui, on reste ouvert ! 
On ne ferme plus et on sort dehors.
Dehors un mot comme un caillou jeté à la fenêtre du prisonnier.
L’espace d’un instant on hésite devant l’ascenseur. 
-“Attention, ils surveillent les boutons, on pourrait se faire repérer !”
On se regarde et ensemble sans rien se dire ou presque : -”on prend les escaliers, non ?”
La porte grande ouverte, on fait des arabesques pour se glisser de l’autre côté.
Quatre à quatre on descend les marches.
On crie dans les escaliers.
On chante à tue tête la chanson d’Higelin
“tombé du ciel à travers les nuages, quel heureux présage..."
Nous voilà maintenant tous les deux en bas, dans le hall d’entrée. Mr Calvi, le concierge a entrouvert sa porte.
L'air supect, il nous jette un regard en coin. Il vérifie que tout va bien.
Là comme dans un film, on se dirige lentement vers la sortie le thermos à la main. 
Midnight express, la dernière scène vous vous souvenez , les escaliers, le gardien, le trousseau de clefs jeté au milieu des marches, la clef dans la serrure, la porte ouverte, la voiture croisée sur le chemin
et puis cette course, cette course folle à la fin...
S’évader.
Partir. 
Partir et retrouver ce bout de terrain abandonné où plus personne ne va depuis longtemps.
S’allonger dans l'herbe tendre.
S’arrêter. Partager un café au soleil et profiter de cet instant. Vivre tout simplement.
Gilbert L.


Lorsque je le regarde, comme ce matin, je me rappelle ce jour de folle liberté où tu m'as offert ce dessous de plat en porcelaine, garnies d'olives et de ses rameaux.
Ce jour de folie, nous étions ces deux amis unis par ce lien fraternel inextricable, tels un père uni à son fils dans ces ruelles admirant le Luberon.
Ce dessous de plat supporte des mets chauds et lourds, et pourtant, ni fêlure, ni rayure, couleur chaude toujours aussi rayonnante.
Notre amitié, elle s'est rompue nette, d'un trait, et pourtant, ne portait aucune trace d'ébrèchement.
Les liens périssables ne sont pas toujours ceux que l'on croit.
Rachid G.




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Si vous souhaitez participer à ce Kaléidoscope littéraire, rendez-vous tous les lundis, mercredis et vendredis à 10h 
sur l'événement Facebook : https://urlz.fr/cbwv
Si vous n'êtes pas sur Facebook, nous plublierons les consignes sur la page d'accueil du site et vous pourrez nous envoyer vos textes à l'adresse com@theatrejoliette.fr